Comprendre la construction bas carbone : définition, enjeu, réglementation et leviers 

Qu’est-ce que c’est la construction bas carbone? 

Une brique bas carbone est une brique dont l’empreinte carbone est réduite à chaque étape de son cycle de vie. Ce cycle va de l’extraction des matières premières jusqu’à la démolition ou au réemploi des matériaux. Il prend en compte les émissions de gaz à effet de serre générées par la fabrication, le transport et la construction. L’exploitation du bâtiment et sa fin de vie sont aussi concernées (Fédération Française du Bâtiment FFB).

D’après Les Ministères de Transition Écologique Aménagement du Territoire Transports Ville et Logement, le secteur du bâtiment représente 43% des consommations énergétiques annuelles françaises. Il génère également 23% des émissions de gaz à effet de serre (GES) français. C’est pourquoi il figure parmi les principaux secteurs concernés par les objectifs de décarbonisation.

Pourquoi la brique bas carbone répond à un enjeu majeur?

La France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050. Cet objectif a été confirmé et précisé par la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3). Il s’agit de la feuille de route de la France pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 (Préfet de la Région Nouvelle Aquitaine).

Cette stratégie planifie la transition climatique de manière cohérente, progressive et collective. Elle décrit les transformations nécessaires dans tous les secteurs, dont la décarbonation du parc de bâtiments. Les secteurs les plus émetteurs doivent être transformés en profondeur, et le bâtiment en fait partie.

Depuis le premier choc pétrolier de 1973, six réglementations thermiques se sont succédé (RT 1974, RT 1982, RT 1988, RT 2000, RT 2005 et RT 2012). Chacune a resserré un peu plus les exigences de performance énergétique. Jusqu’à l’entrée en vigueur de la RE2020, ces réglementations visaient principalement à améliorer la performance énergétique des bâtiments. La nouvelle réglementation l’élargit en intégrant les émissions de gaz à effet de serre générées tout au long du cycle de vie d’un bâtiment. Elle est ainsi en cohérence directe avec la logique de la SNBC.

Ce changement s’explique aussi par un facteur souvent sous-estimé: la durée de vie des bâtiments. Un bâtiment neuf est conçu pour durer des décennies, et l’IC énergie de la RE2020 est calculé sur une période de 50 ans. Autrement dit, les choix de matériaux et de conception faits aujourd’hui déterminent l’empreinte carbone du parc immobilier français pour la moitié du siècle à venir.

Dans ce contexte, la construction bas carbone ne se limite pas à améliorer les performances énergétiques des bâtiments. Elle consiste à repenser l’impact environnemental dans son ensemble.

Un nouveau cadre pour construire bas carbone : la RE2020

Entrée en vigueur en 2022, la Réglementation environnementale 2020 (RE2020) remplace la RT2012. Selon le Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, il s’agit de la première réglementation à la fois énergétique et environnementale.

Elle poursuit trois objectifs :

  • l’amélioration de la performance énergétique des bâtiments neufs
  • la réduction de leur impact sur le climat (prise en compte des émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble du cycle de vie des bâtiments)
  • l’adaptation aux conditions climatiques futures (renforcement du confort d’été)

Pour y parvenir, la RE2020 encourage une conception bioclimatique des bâtiments et renforce la performance de leur enveloppe. Elle favorise aussi le recours aux énergies renouvelables et peu carbonées. Les matériaux présentant une faible empreinte carbone, comme la brique bas carbone, sont également encouragés.

Les indicateurs pour évaluer un bâtiment

Plusieurs indicateurs permettent de vérifier que ces objectifs sont atteints :

  • Bbio (Besoin bioclimatique) : il évalue la qualité de la conception du bâtiment. Pour cela, il mesure ses besoins en chauffage, en refroidissement et en éclairage.
  • IC construction : il évalue les émissions de gaz à effet de serre liées aux produits et équipements de construction, ainsi qu’à leur mise en œuvre lors du chantier (Fédération Française du Bâtiment (FFB)).
  • IC énergie : il évalue les émissions de gaz à effet de serre liées aux consommations d’énergie. Il porte sur toute la durée de vie du bâtiment, établie à 50 ans (Fédération Française du Bâtiment (FFB)).
  • DH (Degrés-heures d’inconfort) : il caractérise le nombre d’heures sur l’année au cours desquelles une température de confort est dépassée à l’intérieur du logement (Fédération Française du Bâtiment (FFB)). Un bâtiment dont le DH est inférieur à 350°C.h est considéré comme confortable en période de fortes chaleurs. Au-delà du seuil maximal (DH max), il n’est plus conforme aux exigences de la RE2020.

Comment mesurer l’impact environnemental d’un bâtiment?

Pour réduire les émissions, il faut d’abord savoir les mesurer. C’est le rôle de l’Analyse du Cycle de Vie (ACV).

D’après la FFB, l’ACV est une méthode d’évaluation environnementale. Elle mesure les impacts d’un bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie. Dans le secteur du bâtiment, elle prend en compte 5 phases :

  • La production, qui comprend notamment l’extraction des matières premières et la fabrication des matériaux
  • La construction, incluant le transport des produits jusqu’au chantier et leur mise en œuvre
  • L’exploitation, qui couvre l’utilisation, l’entretien, la maintenance et les réparations du bâtiment
  • La fin de vie, correspondant à la déconstruction et au traitement des déchets
  • Les bénéfices et charges au-delà du cycle de vie, qui intègrent notamment le potentiel de réemploi, de réutilisation ou de recyclage des matériaux

Les actions de BdN pour une brique bas carbone

Une brique bas carbone contribue à plusieurs étapes du cycle de vie d’un bâtiment. Voici quelques exemples d’actions mises en œuvre par Briqueteries du Nord pour réduire l’impact environnemental de ses briques :

Étapes du cycle de vie Exemples BdN
La production Approvisionnement local en argiles et sables (Templeuve, Lomme, Leers, Belgique < 50 km)
Réintégration des briques non cuites dans le process
Optimisation de la découpe des plaquettes pour réduire les pertes
Récupération de chaleur fatale
Recours au gaz vert
Démarche ISO 50001
La construction Les briques sont transportées sur le chantier
L’exploitation /
La fin de vie Valorisation des briques en granulats recyclés
Réemploi des briques
Les bénéfices et charges au-delà du cycle de vie Valorisation des cassons en terre battue (Roland-Garros)
Réemploi
Économie circulaire

La formule de calcul

D’après Cerema, le calcul de l’impact environnemental d’un bâtiment repose sur toutes les données associées à chacun des composants et procédés mis en œuvre. Voici la formule :

Impact environnemental d’un bâtiment = Facteur d’adaptation × Quantités × Données environnementales

  • Le facteur d’adaptation permet d’ajuster le calcul selon les caractéristiques du bâtiment. Il tient compte de la durée de vie, du renouvellement de certains composants ou encore de l’autoconsommation d’énergie produite localement.
  • Les quantités correspondent notamment aux composants mis en œuvre (nombre d’unités, surface en mètre carré (m²), mètres linéaires (ml) …). Elles incluent aussi les consommations d’énergie (kWh) ou d’eau (m³).
  • Les données environnementales sont regroupées dans la base nationale INIES. Elles proviennent des Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire (FDES) pour les produits de construction et des Profils Environnementaux Produits (PEP) pour les équipements. S’y ajoutent des données environnementales par défaut et des données de service.

La Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire (FDES)

Selon la base INIES, les FDES sont les principales données environnementales utilisées pour les produits de construction et de décoration. Elles constituent la “carte d’identité environnementale des produits”. Chaque fiche contient les résultats de l’ACV d’un produit et des informations sanitaires. Ces données permettent ensuite de calculer la performance environnementale et sanitaire du bâtiment pour son éco-conception.

Les FDES fournissent des informations environnementales objectives, quantitatives et qualitatives sur les produits de construction. Grâce à elles, les professionnels peuvent intégrer des critères environnementaux et sanitaires dans le choix des produits. Ces critères viennent en complément des critères techniques, économiques et esthétiques.

Depuis le 1er juillet 2017, une personne tierce indépendante doit vérifier les fiches avant leur intégration dans la base INIES. Cette personne est reconnue par un programme conventionné par l’État. Une fois publiée, la fiche est valable 5 ans.

Les résultats de la brique bas carbone chez BdN

Pour Briqueteries du Nord, les FDES ont permis de mesurer précisément l’impact environnemental des briques. Elles ont aussi permis d’identifier les principales sources d’émissions de gaz à effet de serre. En 2024, les FDES élaborées depuis 2018 pour l’ensemble des produits ont mis en évidence un point clé. Le gaz naturel fossile constituait la principale source d’émission de CO2, avec plus de 80% des émissions dans l’ACV.

Ce constat a conduit BdN à agir directement sur l’étape la plus émissive de son procédé de fabrication. L’entreprise a intégré le gaz vert afin de réduire significativement l’empreinte carbone de ses produits.

Les FDES permettent également d’objectiver les résultats de cette démarche. Grâce au recours au gaz vert, l’indice carbone des blocs est passé de 71,9 à 16,6 kg éq. CO₂/m². Celui des briques est passé de 55,8 à 11,5 kg éq. CO₂/m², et celui des plaquettes de parement de 11,6 à 3,76 kg éq. CO₂/m².

Indice carbone de la brique bas carbone : de 55,8 à 11,5 kg éq. CO₂/m²

Comprendre la construction bas carbone : définition, enjeu, réglementation et leviers 
Comprendre la construction bas carbone : définition, enjeu, réglementation et leviers 
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Les leviers pour construire bas carbone 

Réduire l’empreinte carbone d’un bâtiment repose sur une combinaison de leviers complémentaires. Voici 4 leviers : 

  • Repenser la conception architecturale

Selon les Echos, la construction durable privilégie désormais les matériaux et systèmes constructifs à faible empreinte carbone (bois, paille, chanvre, terre crue) et intègre la sobriété dès la conception des projets, en anticipant la réversibilité des bâtiments et leur chronotopie (mixité des usages dans un même bâtiment).

  • Décarboner l’exploitation grâce aux énergies renouvelables

L’exploitation reste la première source d’émissions du secteur. Le recours aux pompes à chaleur, à la géothermie, au solaire ou aux réseaux de chaleur urbains permet de remplacer les énergies fossiles. Selon la Stratégie nationale bas-carbone, ces émissions doivent passer d’environ 75 millions de tonnes de CO₂ en 2021 à 30 millions d’ici 2030 (Aktio)

  • Rénover l’existant en priorité

Selon Rémi Babut, ingénieur et urbaniste, chef de projet dans le secteur du logement au Shift Project, la rénovation thermique génère environ deux fois moins d’émissions (GES) et nécessite dix à vingt fois moins de matériaux qu’une construction neuve.

  • Optimiser et réemployer les matériaux

L’optimisation et la frugalité constructive sont devenues une priorité dans la maîtrise d’ouvrage :  réduction du gaspillage, recours systématique au réemploi, et utilisation de ressources locales issues de circuits courts (Les Echos).

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